Centenaire de la Légion d’honneur de la ville de Liège [nl]

Le 7 août 1914, le Président de la République française, Raymond Poincaré décidait de décerner la Légion d’honneur à la ville de Liège en reconnaissance de la résistance héroïque de l’armée belge et de la ville face à l’offensive allemande sur le front de l’Ouest. En 1919, la « cité ardente » recevait officiellement cette décoration, devenant ainsi la première ville étrangère décorée de cette distinction française.

Cent ans après, le Grand Chancelier de la Légion d’honneur, le Général Puga et l’Ambassadrice de France en Belgique, Madame Hélène Farnaud-Defromont se sont rendus à Liège le 21 octobre pour commémorer cet anniversaire aux côtés des autorités de la ville de Liège, de la province, des associations patriotiques et des jeunes des écoles de la ville.

Cet événement a été l’occasion de rappeler l’amitié et les liens qui unissent la France et la ville de Liège et qui s’expriment dans tous les secteurs de la coopération.

Crédit photographique : Ambassade de France, Ville de Liège

Retrouvez, ci-dessous, le discours prononcé à cette occasion par l’Ambassadrice de France :


Monsieur le Bourgmestre,

Monsieur le Gouverneur,

Monsieur le Ministre,

Monsieur le Grand Chancelier,

Monsieur le Député, (Pieyre-Alexandre Anglade),

Mesdames et Messieurs les membres du collège communal de la ville de Liège,

Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie pour cet accueil dans la « cité ardente », qui fait écho par sa chaleur à l’enthousiasme qui entoura la venue, le 24 juillet 1919, du Président Poincaré, du Maréchal Foch et de l’ensemble du conseil municipal de Paris pour la première remise de la légion d’honneur à une ville étrangère.

Je ne reviendrai pas sur les faits qui ont conduit à la distinction exceptionnelle de la ville de Liège, ou sur la symbolique de la légion d’honneur. Le Bourgmestre et le Grand Chancelier les ont rappelés à l’instant.

Au nom de la République française, je souhaite cependant saluer à nouveau la résistance de l’armée belge et le courage de la population civile liégeoise, qui subirent en août 1914 la première offensive allemande sur le front de l’Ouest.

Les garnisons des forts liégeois commandées par le général Leman ont tenu une dizaine de jours sous les bombes, suffisamment pour contrecarrer les plans de l’envahisseur et permettre aux troupes alliées de se redéployer, et ainsi d’éviter l’effondrement.

La France, et la ville de Paris qui échappa ainsi à une rapide conquête allemande, en seront toujours reconnaissantes aux Liégeois.

Liège et la France ont maintes fois croisé leurs destins. Avant que Liège ne vive à l’heure française sous la République et l’Empire, c’est souvent de cette ville que soufflait le courant de la liberté vers le royaume de France.

On dit que Liège est la ville la plus francophile de Belgique ! Les manifestations de liesse manifestées à la faveur de la cérémonie de remise de la Légion d’honneur en 1919 en furent une expression éclatante, de même que la chaleur de l’accueil réservé au Président Hollande en 2014, à l’occasion du Centenaire du martyre de Liège. En 1971, le Président Pompidou termina son voyage officiel en Belgique à Liège et estima que « jamais autant qu’ici je n’ai senti battre les cœurs ».

Aujourd’hui plus que jamais, les liens qui nous unissent sont très forts. Liège est devenu ce pôle d’excellence et de croissance, qui a su puiser dans son riche passé métallurgique pour développer des activités de pointe dans l’aéronautique, l’armement, la pharmacie, la biotechnologie. Vos universités sont de renommée européenne et attirent un grand nombre d’étudiants et de partenaires de recherches français. L’opéra et le théâtre de Liège produisent régulièrement des talents français de renommée internationale. La France regarde vers Liège autant que Liège regarde vers la France. Nous disposons d’ailleurs dans cette ville d’une alliance française, qui offre des conférences de grande qualité, et bientôt d’une villa consulaire.

1914 paraît bien loin, notamment pour les jeunes gens qui se trouvent dans cette salle, et ce malgré l’œuvre de mémoire cultivée par les associations patriotiques ici présentes que je salue. Rappelons-nous cependant que l’unité et la paix de notre continent ne vont pas de soi et n’iront jamais de soi.

La Belgique, et en particulier Liège, se sont construits comme des ponts entre mondes germanique et latin, comme un carrefour où les grandes puissances européennes se sont souvent entrechoquées. C’est dire qu’on connaît ici la valeur de la construction européenne.

Or, nous vivons une période exceptionnelle de paix au regard de notre longue histoire, et cette période peut prendre fin, si nous demeurons passifs face à la tentation du repli sur soi, ou si par habitude, par complaisance, nous refusons de préparer notre avenir. Voilà tout le sens qu’on peut, plus d’un siècle après, donner au sacrifice des combattants de Liège.


Je vous remercie.

publié le 24/10/2019

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