Internationaal colloquium ter gelegenheid van de 30ste verjaardag van de val van het ijzeren gordijn [fr]

Toespraak van de heer Jean-Yves Le Drian, minister van Europese Zaken en Buitenlandse Zaken, op het colloquium "Na 1989: Hoop en desillusies na de revoluties"


Prague, 6 décembre 2019

Monsieur le Ministre, cher Tomáš,
Monsieur le Recteur de l’Université Charles, qui nous accueillez,
Madame la Vice-Recteur,
M. le Directeur de l’Académie des Sciences,
Monsieur le Directeur du CEFRES, cher Jérôme Heurtaux,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Trente ans se sont écoulés depuis 1989. Une génération. Passée de l’euphorie au doute.

Je suis profondément européen et je dois vous dire que l’Europe est le sens de mon engagement politique. Je me souviens de l’ardeur et de la liesse de ces journées qui, à l’automne 1989, changèrent la face de notre continent et émurent tous les peuples d’Europe, sans exception.

Je suis frappé aujourd’hui, comme ministre de l’Europe et des affaires étrangères de la France, de constater qu’à chaque décennie qui passe, notre commémoration de 1989 se fait plus timide, moins unie. Alors que nous n’avons jamais autant eu besoin d’une Europe forte, libre et fidèle à ses principes.

C’est pourquoi j’ai voulu venir ici, à Prague, à l’université Charles, au cœur de l’Europe, réfléchir avec vous au sens de 1989 et de ce que cette année nous dit aujourd’hui de qui nous sommes et de l’ambition européenne qui doit rester la nôtre. C’est un message d’un Européen à d’autres Européens sur cette année si singulière, un message sur ses espoirs et ses désillusions, mais aussi un message sur l’avenir de l’esprit de 1989 que je suis venu aujourd’hui vous adresser.

Le désenchantement que certains décrivent aujourd’hui a de quoi interpeler les historiens et les chercheurs. C’est justement l’un des enjeux de ce colloque, organisé par le Centre français de recherche en sciences sociales de Prague ainsi que l’Académie des sciences et l’Université Charles, que je remercie de m’avoir invité à m’exprimer devant vous aujourd’hui.

Il y a de quoi interpeler les historiens et les chercheurs, mais il y a aussi de quoi interpeler tous les Européens – et singulièrement ceux qui sont en responsabilité politique. Il nous met face à des questions essentielles : les mémoires plurielles de notre histoire, l’autonomie et la sécurité de l’Europe, l’articulation de la souveraineté des Etats et de la souveraineté européenne.

Répondre à ce désenchantement, retrouver le fil et l’énergie de notre rêve européen, c’est notre défi commun.

Je vais commencer par vous dire ce que je ne suis pas venu faire à Prague. Je suis un homme politique dans un colloque scientifique de sciences sociales. Nous avons chacun nos responsabilités. Elles sont grandes mais elles sont distinctes. Et je ne suis donc pas venu ici faire une leçon d’histoire.

Les chercheurs doivent pouvoir travailler librement sur cette séquence de l’histoire comme sur d’autres. Cette année, nous ne commémorons pas seulement 1989, mais également les 80 ans du pacte Molotov-Ribbentrop et de l’organisation des occupations nazies et soviétiques sur l’Europe qui se sont confondues puis succédées.

Car la tentation est grande pour certains de conduire une « politique de l’histoire » de nature à instrumentaliser le passé, à attiser ses braises, à ajouter à la confusion, au service d’une idéologie. Aujourd’hui, nous sommes confrontés au risque de ré-écritures de l’histoire à l’aune d’intérêts et de narratifs nationaux revisités.

Trop de légendes érigées en vérités officielles ont nourri des déchirements sanglants sur notre continent pour que nous restions indifférents à leur résurgence. Retourner aux idéaux de l’Europe des Lumières, c’est préserver l’esprit critique au sein de nos sociétés. Si vérité et contre-vérités se valent, alors c’est le sens même du mot vérité qui est vidé de son sens.

C’est pour cela, Mesdames et Messieurs, que 23 Etats, dont la France, ont demandé la création, sous l’impulsion de la présidence française du Conseil de l’Europe, d’un observatoire de l’enseignement de l’histoire en Europe. En dressant un état des lieux neutre et factuel des programmes et manuels scolaires, cet observatoire permettra de faire dialoguer nos enseignements, permettra d’empêcher la réapparition des discours racistes, xénophobes ou antisémites, d’œuvrer au rapprochement entre les peuples. Et peut-être ainsi parviendra-t-on à montrer que, dans le respect de nos histoires singulières, il y a aussi une histoire qui nous rassemble, l’histoire de notre continent et de cet esprit européen dont nous sommes les héritiers et les garants.

Comme le disait l’un des plus grands historiens français, Marc Bloch, « l’incompréhension du présent naît fatalement de l’ignorance du passé ». Elle peut naître aussi de la manipulation de l’histoire. Parmi les principes européens, figure la liberté académique et là où elle est menacée, ce sont la démocratie et la paix qui sont en danger.

Notre responsabilité de politique, en revanche, par rapport à la responsabilité scientifique, c’est de construire, sur le fondement de vos travaux de recherche, une mémoire européenne partagée, en suivant deux principes.

Tout d’abord, le respect exigeant des mémoires nationales qui doivent être reconnues et écoutées. Nos récits nationaux sont bâtis autour de références électives au passé. Une même date peut résonner de façon différente d’un Etat européen à l’autre.

Ainsi 1968 ne soulève pas les mêmes échos dans les mémoires françaises, tchèques ou polonaises. Autre exemple, nous venons de célébrer le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale à Paris, il y a un an. Chez nous 1918 signifie l’armistice et le soulagement des Français. Mais dans votre région, jusqu’en 1923, ce sont bien la dislocation des empires, les guerres, les révolutions, les déplacements de population, les pogroms qui marquent cette période.

Et même 1989, pour un Français ou un Allemand, ce sera d’abord les images de la chute du Mur de Berlin, avant celles par exemple, tout aussi émouvantes, de la chaîne humaine qui dès la fin août 1989 traverse les trois Etats baltes, Etats dont nous n’avions jamais reconnu l’annexion mais qui n’avaient pas encore recouvré leur souveraineté. Cette compréhension de nos différentes mémoires nationales doit être au cœur de la construction européenne. Il faut que tous les Européens, à commencer par les Français, l’entendent et le comprennent.

Deuxième principe, dire cela, ce n’est pas cautionner les projets de réécriture ou d’instrumentalisation du passé. Ce n’est pas encourager le relativisme historique ni le révisionnisme. Ce n’est pas non plus promouvoir un récit unificateur par le haut. Il ne s’agit pas de construire une histoire unique, mais bien de développer une « conscience historique européenne » fondée sur la conviction que nos histoires nationales doivent former le fondement d’une conscience commune d’être des Européens, enfin unis dans leur diversité.

Gardons à l’esprit cette phrase de Victor Hugo : « Les souvenirs sont nos forces. Quand la nuit essaye de revenir, il faut allumer les grandes dates comme on allume des flambeaux. » Commémorer 1989 et réfléchir ensemble à ses promesses, celles réalisées comme celles déçues, ne peut que renforcer notre détermination à construire notre avenir commun dans la paix et la démocratie.

Si je suis là aujourd’hui, c’est donc parce que je suis convaincu que la mémoire européenne doit faire droit à la polyphonie des mémoires nationales. Je suis convaincu que nous avons encore à nous réconcilier avec la diversité de nos mémoires, pour mieux saisir en quoi cette diversité est au cœur de ce qu’est l’Europe.

Quand il évoquait la « tragédie de l’Europe centrale » en 1983, Milan Kundera ne parlait pas seulement de la domination soviétique. Il regrettait surtout que l’Europe centrale n’existe plus dans les yeux de l’Ouest que comme une partie de l’Empire soviétique. Les différences, pas plus aujourd’hui qu’hier, ne doivent effacer ce qui nous unit, notre communauté de destin et des principes universels hérités des Lumières.

Je crois, en effet, qu’il n’y a qu’en intégrant toutes ces voix au récit collectif que nous devons construire ensemble, en les faisant dialoguer au sein de ce récit, que nous pourrons pleinement saisir le sens de 1989 dans l’histoire des Européens. Si j’y insiste, si j’y ai insisté, dans ce début de propos, c’est parce que nous avons besoin de comprendre d’où nous venons pour décider ensemble où nous devons aller.

Permettez-moi de vous dire dès lors ce que représente 1989 pour un Français et pourquoi j’ai voulu venir ici, à Prague, célébrer le tournant de 1989 où, après cinquante ans d’occupation – nazie puis soviétique –, les pays d’Europe centrale ont recouvré leur liberté, leur souveraineté et où la réunification de l’Europe a pu commencer. 1989 nous a légué trois grands héritages : la liberté, la souveraineté, l’unité.

1989 marque évidemment le retour de la liberté, des libertés, la fin de l’oppression totalitaire et de la destruction de l’individu, la victoire de la démocratie et de l’Etat de droit, c’est-à-dire la consécration d’un Etat qui non plus opprime, mais protège.

C’est bien le sens du projet européen que Jean Monnet décrivait ainsi : « nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des hommes ». Il aurait pu ajouter : « des hommes libres ». N’oublions pas qu’il ne peut y avoir de démocratie sans un régime qui protège les droits et les libertés, et qui assure la prééminence du droit sur la force. Ceux qui assimilent la démocratie dite « libérale » à la « tyrannie » des minorités, ceux qui assimilent la démocratie dite « libérale » au multiculturalisme, au mépris des traditions, ne sont pas seulement des sophistes, ce sont aussi des amnésiques. Ils oublient qu’ici même à Prague, comme à Varsovie, à Budapest, des hommes et des femmes ont résisté au totalitarisme et combattu, au prix de leur vie, pour la liberté.

Je suis donc venu ici d’abord pour rendre hommage à celles et ceux qui, il y a trente ans, se sont soulevés et ont imposé, à des gouvernements médusés, « le pouvoir des sans-pouvoirs », pour reprendre la célèbre formule de Vaclav Havel.

Vaclav Havel – c’est un nom que je ne peux prononcer ici sans que ne me revienne à l’esprit, Tomáš en a parlé tout à l’heure, le matin du 9 décembre 1988 et la rencontre historique, entre François Mitterrand et huit dissidents tchécoslovaques, dont celui qui allait devenir le premier Président d’un pays libéré. Je suis fier, très fier que la France ait ainsi reconnu son combat. Et l’année suivante, nous avons été nombreux, en France, à suivre avec admiration et avec enthousiasme les peuples d’Europe centrale qui prenaient leur destin en main et choisissaient d’écrire eux-mêmes leur histoire, d’écrire, en fait, pas uniquement leur histoire, d’écrire notre histoire , celle de l’Europe réunifiée.

Avec eux, je veux aussi saluer la mémoire des dissidents dont l’esprit de résistance avait, en un sens, préparé ce sursaut. Je pense à Jan Palach. Je pense évidemment à Vaclav Havel, à Jan Patocka et tous ceux qui ont porté avec eux la Charte 77. Je pense au père Popieluszko , aumônier de Solidarnosc, et je pense à tant d’autres, y compris les étudiants de Budapest en 1956, qui se sont battus pour la liberté.

J’ai dit 1989, la liberté, mais 1989, je le sais, marque aussi le recouvrement de l’indépendance et de la souveraineté pour tous les pays auparavant sous le joug soviétique. Les révolutions de 1989 ont mis fin à la doctrine Brejnev, cette théorie de la souveraineté limitée, formulée après l’invasion de la Tchécoslovaquie par les Soviétiques et leurs alliés le 21 août 1968, après les immenses espoirs soulevés par le printemps de Prague. Et c’est encore ici, à Prague, que cette doctrine disparaît, lorsque le Pacte de Varsovie est dissous, le 1er juillet 1991.

Cette souveraineté retrouvée, il y a 30 ans, doit nous rendre attentifs aux réticences qui s’expriment ici ou là vis-à-vis de la notion de « souveraineté européenne », j’y reviendrai. Et je comprends l’attachement des pays anciennement dans le bloc de l’Est à la souveraineté nationale, ce bien précieux dont ils n’avaient joui que par éclipses. C’est pour cela aussi que ceux qui doivent choisir leurs alliances – ou leur absence d’alliance – sont bien les pays concernés, et les peuples qui les composent, et non des puissances tierces.

Enfin, la liberté retrouvée en 1989, c’est celle du continent européen tout entier. Je l’ai dit déjà, je préfère le mot de réunification de l’Europe, qui nous rapproche, à celui d’élargissement, qui nous éloigne les uns des autres. « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », disait Albert Camus. Ce qui est mal nommé ne peut pas précisément se penser.

Cette liberté retrouvée, cette histoire que vous avez écrite avec courage, vous Tchèques, Slovaques, Polonais, Hongrois, Roumains, c’était aussi les nôtres. Vous nous les avez rendues. La liberté de l’Europe, y compris celle de l’Ouest, était limitée par la servitude de l’Europe centrale et le glacis soviétique. 1989, c’est la fin de Yalta, un ordre que nous avons subi mais que la France n’a jamais accepté. C’est plus qu’un « retour à l’Europe » – que les pays d’Europe centrale n’ont jamais quitté, comme le notait Milan Kundera – c’est la consécration d’un fait géographique, mais aussi culturel et donc politique, parfois complaisamment occulté, c’est l’unité du continent européen.

Je voudrais vous le dire, Mesdames et Messieurs, pour reprendre ce que disait Tomáš dans son propos tout à l’heure, l’Europe « de l’Est » n’a jamais existé. C’est une création artificielle de la guerre froide. Ce n’est pas une division pertinente née de l’histoire longue européenne. Avec 1989, pour la première fois, l’Europe, longtemps privée d’une partie essentielle d’elle-même, a la chance de devenir l’acteur de son histoire et plus seulement son sujet.

Et ceux qui tirent argument de l’absence d’unité de l’Europe aujourd’hui pour condamner le projet européen se trompent : l’unité de notre continent n’est pas une abstraction ou un slogan politique, une « rêverie d’intellectuel », c’est une réalité concrète, pour tous les Européens qui vivent au quotidien cette liberté de circulation si chèrement acquise.

C’est peut-être l’une des conséquences les plus funestes de la crise des réfugiés de 2015, que ces frontières qui se ferment, ces murs qui s’érigent, cette contestation de l’espace de libre circulation créée par les accords de Schengen. Car Schengen est, avec l’euro ou dans un autre domaine Erasmus, une des traductions les plus concrètes, les plus visibles, de l’unification européenne. Ces acquis sont aussi nécessaires qu’ils sont fragiles, comme d’ailleurs la construction européenne. C’est pourquoi, face aux Cassandre si prompts à faire la leçon et mus par des intérêts électoralistes, n’hésitons jamais à rappeler ce que, ensemble, nous avons pu et su bâtir au service des peuples.

L’horizon de cette mémoire plurielle de 1989, c’est bien sûr notre projet européen commun. Je voudrais vous dire maintenant les conclusions que je tire de ce retour sur notre histoire commune pour notre avenir commun.

Le projet que nous portons, la France, vous, nous, est un projet d’humanisme européen, qui commence avec la défense intransigeante de nos valeurs et de nos principes. C’est un projet de convergence sociale, économique et fiscale, Tomáš l’a rappelé. Car il est urgent de répondre aux désillusions et de résorber les fractures européennes. Elles ne sont pas un nouveau mur entre « deux Europe » coexistant au sein de l’Union européenne. Les inégalités, les tentations populistes, la perte du sens et des repères sont pour nous tous des enjeux partagés. Nous devons les considérer comme des enjeux communs.

Ce projet, c’est, face aux excès de la mondialisation, face aux défis de la compétition internationale, un projet de puissance européenne au service de nos peuples. Plus que jamais les désordres internationaux et l’expression brutale des rapports de force structurent aujourd’hui la vie internationale. Et l’Europe est face à une alternative : subir et risquer de se voir dicter ses propres choix ; ou s’affirmer pour peser à chaque fois que nécessaire, au service de son identité et de ses principes.

Je choisis sans hésiter la seconde option. Pourquoi ? Parce que nous savons, depuis Paul Valéry, que les civilisations sont mortelles. Comment ? En faisant de l’Europe un acteur de son destin.

Et dans cet ensemble, il est aussi une évidence que je me dois de rappeler : ce projet, nous ne pourrons espérer le mener à bien, dans la durée, que si nous sommes à même de garantir notre sécurité.

C’est pourquoi je crois qu’on ne peut pas évoquer l’année 1989, où l’Europe s’est réunifiée autour des principes démocratiques et des valeurs humanistes, sans évoquer l’année 1990 et l’adoption de la Charte de Paris pour une nouvelle Europe. De quoi s’agissait-il ? De construire une sécurité collective européenne en opérationnalisant les dix grands principes adoptés dès 1975 à Helsinki.

Or, cette ambition de construire une sécurité collective européenne, si présente dans le début des années 90, s’est progressivement effacée. Elle doit être ranimée.

En effet, peu à peu, nous avons vu se défaire les éléments qui contribuaient à établir l’architecture de sécurité prévue par la Charte de Paris et nous avons assisté à un effort méthodique de déconstruction qui a contribué au démantèlement progressif, systématique et désormais presque complet de tous les instruments de régulation de la violence : des mesures de confiance jusqu’aux traités de limitation et de réduction des armements, quelles que soient les catégories, et c’est au total un vide dangereux qui s’instaure et fait peser sur notre continent, de nouveau, le risque du conflit, conflit par accident, conflit par dessein. Les incidents militaires qui se multiplient le montrent. Être fidèle aux promesses de 89, c’est vouloir sortir de cette instabilité, c’est vouloir réduire ces risques.

Depuis les conflits de l’ex-Yougoslavie qui avaient montré aux Européens quelles étaient leurs responsabilités pour assurer la sécurité de leur continent, d’autres menaces ont surgi. Je ne pense pas seulement à l’hyper-violence terroriste. La guerre est à nouveau revenue en Europe : en Géorgie puis en Ukraine. Des armes chimiques ont été utilisées sur le sol d’une grande ville européenne. Des attaques numériques ont cherché à saboter et à ébranler jusqu’aux fondements de nos démocraties, nos processus électoraux, nos débats publics.

Certains semblent s’y résigner. Mais nous, les Européens, après les drames terribles qui ont semé la désolation sur notre continent, tout au long du XXe siècle, nous ne saurions nous y résoudre. C’est la raison pour laquelle nous ne souhaitons pas nous satisfaire du statu quo face à la Russie, dont on sait les actions agressives qui ont bouleversé notre environnement stratégique depuis une décennie.

Alors, de quoi avons-nous besoin pour garantir notre sécurité et revenir aux promesses de novembre 1990 où, à Paris, était adoptée cette Charte destinée à refonder les principes de l’architecture de sécurité européenne ?

Nous avons d’abord besoin du lien transatlantique.

Nous aussi, Français, nous voulons le préserver. Nous en avons besoin, politiquement, militairement, stratégiquement. Et notamment dans les opérations militaires que nous conduisons au Levant et au Sahel, avec la présence de forces de la République tchèque. Ce qui n’interdit pas d’en considérer les évolutions avec lucidité et d’en tirer toutes les conséquences. Chacun comprend que le temps où l’Europe pouvait confier entièrement à d’autres le soin de sa sécurité et se reposer exclusivement sur eux, ce temps-là est révolu. Et ce mouvement ne date pas de l’élection du Président Trump. Ce que nous appelons, en Europe, l’autonomie stratégique et qui recouvre en fait exactement la notion de partage du fardeau, est une condition - une condition -d’un lien transatlantique fort et crédible.

D’ailleurs, certains interlocuteurs américains suggèrent que notre capacité à agir pour nous-mêmes est précisément ce qui fait de la France le meilleur partenaire pour Washington en matière de défense.

Nous avons besoin du lien transatlantique, nous avons aussi besoin que l’OTAN reste ce qu’elle a enfin pu être pour chacun d’entre nous après 89 : une force de stabilité.

C’est pourquoi la France a souhaité ouvrir le débat sur le trouble qui existe actuellement dans l’Alliance atlantique. Le Sommet qui vient de se tenir à Londres a marqué le début d’une véritable discussion stratégique en son sein. Nous y étions tous les deux. C’était nécessaire, au nom même de la pérennité et de la consolidation du lien transatlantique.

La condition sine qua non pour la force de l’Alliance atlantique, c’est désormais que les Européens se montrent plus proactifs et qu’ils assurent davantage de responsabilités, à l’intérieur d’une alliance refondée et rééquilibrée. Il n’y aura pas plus de défense européenne sans OTAN que d’OTAN crédible et soutenable sans renforcement des responsabilités européennes.

Nous le pensons depuis longtemps et la France est engagée concrètement dans la posture de dissuasion et de défense de l’OTAN, dans les Etats baltes ou en mer Noire. La France respecte les intérêts de sécurité de tous ses partenaires et alliés européens, elle les fait entièrement siens. Elle les défendra toujours comme une priorité intangible. C’est d’ailleurs ce qu’a déclaré le président Macron avant-hier à Londres. Nous sommes et nous resterons intraitables quand notre souveraineté ou celle de nos partenaires et alliés est en jeu. Nos alliés peuvent compter sur la France, sur son engagement, sur son armée. Toujours.

Et troisièmement, nous avons besoin d’une organisation de la sécurité en Europe qui garantisse la stabilité stratégique de l’ensemble du continent.

C’est le sens de la formule de l’OTAN qui depuis 1967 allie dissuasion et dialogue. C’est aussi le sens de la proposition du président de la République pour une architecture européenne de sécurité et de confiance.

Disons-le clairement, je le dis ici, avec netteté : si nous voulons revenir sur le démantèlement systématique que j’ai évoqué il y a un instant, c’est avec la Russie qu’il faut que nous reprenions langue. Sans complaisance, sans naïveté, pour défendre la sécurité de tous les Européens, en jouant des rapports de force chaque fois qu’il le faudra. Mais nous ne pouvons pas tout simplement ignorer la géographie.

Les initiatives que nous avons prises, nous les avons conçues dans le respect strict des principes européens agréés. Et nous n’avons pas l’intention de négliger les intérêts de sécurité de nos partenaires européens, au contraire, car ce sont aussi les nôtres.

C’est pourquoi nous souhaitons que les Européens se saisissent des grands sujets stratégiques, militaires, nucléaires, qui concernent directement leur sécurité. Et parmi ceux-ci, la reconstruction d’un cadre de droit et de mesures de transparence doit permettre de limiter les risques d’escalade militaire involontaire, de fixer des contraintes sur les capacités de nos adversaires potentiels et de réduire ainsi la menace.

Avec la suppression du traité sur les Forces conventionnelles en Europe, la fin du traité sur les Forces nucléaires intermédiaires et les incertitudes qui pèsent d’ici 2021 sur le traité New START, l’Europe risque de se retrouver le théâtre d’une compétition militaire et nucléaire débridée, sans foi ni loi. Nous n’avons pas connu, nous n’avons pas vécu de telle situation depuis la fin des années 1960, au lendemain des crises de Berlin et du Cuba.

Cette refondation de la maîtrise des armements en Europe est de notre responsabilité, à nous Européens, si nous voulons éviter de devenir un simple théâtre d’affrontement de puissances tierces. Nous souhaitons donc qu’une telle réflexion des Européens soit lancée prochainement, comme contribution européenne à la réflexion stratégique de l’Alliance atlantique qui a été engagée avant-hier, et à la défense de nos intérêts et de notre vision de l’ordre international.

Enfin, Mesdames et Messieurs, nous devons retrouver l’esprit et le sens d’Helsinki, l’esprit et le sens de la Charte de Paris.

Quand les principes d’Helsinki sont ignorés ou violés, c’est toujours aux dépens de ce que nous tentons de construire ici, en Europe. Les trente dernières années nous l’ont montré. Quand la logique des sphères d’influence revient, c’est l’égalité souveraine des Etats et le respect des droits inhérents à la souveraineté, qui sont bafoués. Quand une seule frontière est remise en cause par la force, c’est l’inviolabilité de toutes les frontières qui vacille et, avec elle, les principes de non-recours à la force et d’intégrité territoriale des Etats. Quand les opposants sont en prison, les libertés fondamentales ou académiques battues en brèche, ce sont les droits de l’Homme et la démocratie qui sont foulés aux pieds.

C’est pourquoi, je crois que ces principes de base, Helsinki et Charte de Paris, et la nécessité de les opérationnaliser restent pleinement d’actualité. A nous de remettre sur le métier ce qui a été tenté il y a trente ans. Dans le courant de l’année, nous ferons en sorte que cette discussion puisse intervenir au niveau européen, afin que nous puissions nous saisir collectivement de ce sujet d’ici novembre prochain, à l’occasion de la troisième édition du Forum de Paris sur la paix en novembre 2020.

Au fond, en matière de sécurité comme sur d’autres sujets, notre défi, c’est de bâtir une véritable souveraineté européenne..

Et nous avons commencé à y travailler. Grâce à ces efforts, l’Europe commence enfin à assumer la puissance qui est la sienne pour rester libre de ses choix, libre aussi d’assumer les valeurs qu’elle porte.

Cette souveraineté commune ne retranche rien à nos souverainetés nationales. Dans un monde dangereux, dans un monde de compétition à outrance, elle les protège. Faire le choix de l’une, ce n’est pas renoncer à l’autre. Bien au contraire !

Je comprends que les pays qui, il y a encore trente ans, appartenaient au bloc de l’Est soient farouchement attachés à leur souveraineté. Mais je veux leur dire que la souveraineté européenne, ce n’est ni le retour du Saint-Empire, ni le retour de la doctrine Brejnev à la mode bruxelloise. C’est la possibilité pour chaque Etat de rester indépendant dans un monde où la rivalité des puissances se fait sentir dans tous les domaines.

Je voudrais vous le dire avec beaucoup de force : le vrai Européen, ce n’est pas celui qui nie l’existence et l’importance des Etats-nations ; de même que le vrai patriote, ce n’est pas celui qui rejette et condamne l’Europe. L’Européen patriote ou le patriote européen, c’est celui qui, au contraire, sait que, sans nations fortes, le projet européen est fragilisé et que sans Europe forte, nos nations sont plus faibles.

Enfin, si nous ne voulons pas subir le XXIe siècle, il y a un domaine que les Européens doivent maîtriser absolument pour garantir cette souveraineté, nous avons beaucoup évoqué ce sujet avec Tomáš tout à l’heure : c’est le numérique.

Car dans ce domaine aussi, il y a un vrai risque que d’autres nous imposent leurs choix, qu’il s’agisse de pays ou d’entreprises.
Dans ce nouvel espace de conflictualité, on voit se déployer des stratégies de puissance sophistiquées qui visent à attaquer et à déstabiliser. Ce qui nous menace, c’est aussi le risque de dépendance aux technologies des autres, de la 5G à l’intelligence artificielle. C’est enfin le risque que les pratiques de certains grands acteurs du secteur privé, faute de régulation, contreviennent aux droits fondamentaux de nos concitoyens, en particulier en matière de respect de la vie privée.

Nous devons donc réagir, entre Européens, pour construire une souveraineté numérique européenne à la fois efficace et conforme à nos valeurs, c’est-à-dire ni isolationniste, ni dominatrice, mais en mesure de nous donner la capacité de décider librement notre destin.

Il faut le dire : nous ne partons pas de rien. Nous avons des infrastructures techniques, des écosystèmes d’innovation. Nous avons une vision du monde numérique que nous souhaitons : un monde numérique « libre, ouvert, sûr ». Nous avons une capacité à la promouvoir. Nous l’avons déjà fait avec le règlement général sur la protection des données, le RGPD, et nous travaillons à le faire sur la fiscalité du numérique.

A mon sens, quatre chantiers doivent nous occuper pour construire la souveraineté numérique de l’Europe et porter une vision européenne du numérique et des droits de l’Homme à l’ère du numérique.

Nous devons d’abord renforcer la sécurité du cyberespace.

Je l’ai dit, la sécurité, c’est le fondement de notre souveraineté. L’espionnage, le sabotage, l’intrusion prennent de nouvelles dimensions à l’ère numérique et constituent des atteintes que nous ne pouvons pas accepter. Pour nous prémunir de ces menaces et le cas échéant y répondre, nous devons nous doter de capacités propres. Nous devons aussi renforcer la stabilité de l’environnement dans lequel elles prennent place, c’est-à-dire le cyberspace.

Nous avons déjà lancé plusieurs initiatives en ce sens : par exemple l’Appel de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace, qui réunit des gouvernements et des entreprises pour élaborer des principes communs afin de protéger les droits des personnes et renforcer les normes internationales ; l’Appel de Paris, mais aussi l’appel de Christchurch pour empêcher l’utilisation d’internet à des fins terroristes. Et nous pouvons aussi aider d’autres pays à se protéger, sans avoir à s’inféoder à une cyber-puissance.

Nous devons deuxièmement aussi gagner la bataille de l’innovation.

En quelques années, l’Europe a retrouvé le chemin de l’innovation numérique. Plusieurs villes européennes, dont Paris, sont devenues des écosystèmes innovants.

L’Europe doit rassembler ses forces et proposer des solutions européennes aux défis de demain : les villes intelligentes, la santé connectée, le transport autonome. Nous devons identifier les secteurs et les domaines critiques, de la 5G aux questions touchant à l’identité numérique et aux crypto-monnaies. Et nous devons, bien sûr, encore progresser dans la recherche en lien avec les entreprises.

Ma conviction, c’est que nous devons certes continuer à progresser dans la mise en place d’un vrai marché unique du numérique. Mais cela ne saurait épuiser le sujet. Il nous faut aussi travailler avec détermination au renforcement des technologies numériques européennes, s’agissant du stockage des données, de gestion du big data, ou de l’informatique en nuage. C’est la clé pour assurer le respect de nos valeurs et de nos droits.

Troisièmement, nous devons également consolider notre rôle de puissance normative.

Comme nous l’avons fait avec le RGPD, il faut que nous continuions à innover aussi sur le terrain des règles : pour assurer la prévisibilité et la confiance dans le secteur, mais aussi pour imposer le respect des principes fondamentaux. Je pense à la régulation de l’intelligence artificielle, à la régulation des contenus, à la sécurité dans le cyberespace. Sur tous ces sujets nous aurons à bâtir, mon cher Tomáš, des coalitions majoritaires. Mais nous saurons le faire.

Enfin, quatrièmement, nous devons protéger les biens communs que sont les infrastructures numériques communes et ouvertes.

Aujourd’hui, un innovateur européen est contraint de recourir à un ensemble de ressources - infrastructures, données, systèmes de paiement - qui sont la propriété d’acteurs monopolistiques. Ces derniers, à travers des termes de référence, qu’ils définissent eux-mêmes et sans concertation, imposent leurs propres règles du jeu.

Parce que nous n’avons pas une vision hégémonique de la souveraineté, nous voulons plutôt que le monde numérique soit organisé autour de biens communs, sans appropriation par ceux qui détiennent des monopoles de fait par leur puissance de calcul, par ceux qui détiennent les monopoles de fait par la maîtrise de la technologie ou par la domination financière. C’est pourquoi nous devons rester vigilants pour protéger ou développer des infrastructures numériques communes et ouvertes qui soient utilisables par tous et améliorables par tous.

Sur tous ces sujets, la France souhaite qu’avec des pays européens volontaires nous puissions lancer en 2020 une réflexion sur la souveraineté numérique européenne, et j’ai le sentiment que cette réflexion-là est cohérente avec les premières interventions de la nouvelle présidente de la Commission.

Mes chers amis,

Je vais conclure, j’ai été long. Je voudrais vous dire que s’il y a une chose que nous enseigne rétrospectivement 1989, c’est bien que l’histoire n’est pas linéaire. Il est désormais de bon ton de dénoncer l’arrogance occidentale qui, face à l’effondrement du bloc soviétique, a conclu à la victoire de la démocratie libérale et de l’économie de marché.

Mais il ne faudrait pas qu’au « déterminisme démocratique » de l’époque succède, trente ans plus tard, une sorte de « déterminisme populiste ». Face à la montée des populismes, face à la contestation du modèle de démocratie libérale, face à la remise en cause du multilatéralisme, on prédit désormais « la fin de l’ordre libéral ». Une nouvelle fin de l’histoire en quelque sorte, inversée, qui tiendrait plus du repli frileux que de l’avenir radieux.

Or la véritable leçon de 1989, c’est que l’histoire n’est jamais écrite à l’avance, et que ce sont les peuples qui l’écrivent. On ne peut que s’en réjouir en tant que dirigeant politique ; c’est une excellente nouvelle, en effet, car cela veut dire que les Européens sont libres d’inventer leur futur et qu’en œuvrant ensemble, ils seront en mesure de créer et de défendre les modèles de société et de gouvernance internationale auxquels ils croient. Et comme le disait Vaclav Havel, l’esprit de résistance et le courage paient.

1989 n’a sans doute pas encore tenu toutes ses promesses. Est-ce une raison pour céder au désenchantement ambiant ? Je ne le crois pas. J’y vois plutôt une raison supplémentaire, pour les Européens, de continuer à travailler ensemble à écrire leur histoire commune.

C’est, je crois, la plus belle manière de rester fidèle à l’esprit de 1989 et de rendre hommage à celles et ceux qui, il y a trente ans, par leur foi, par leur endurance, leur enthousiasme, ont fait l’histoire, votre histoire, notre histoire, au bénéfice de notre Europe commune, une Europe libre, souveraine, humaniste.

Aussi, afin d’inviter chacun d’entre nous à puiser dans la force de 1989 pour mieux construire ensemble l’Europe de demain, vous me permettrez de conclure par une parole inspirée de Nietzsche pleine de sagesse pour nous tous : féconder le passé en créant l’avenir, que tel soit notre présent.

Je vous remercie.


Speech by Mr Jean-Yves Le Drian, Minister for Europe and Foreign Affairs,
at the conference “Beyond 1989: Hopes & Disillusions after Revolutions”


Prague, 6 December 2019

Minister, dear Tomáš,

Rector of Charles University, who is hosting us today,

Vice-Rector,

Director of the Academy of Sciences,

CEFRES Director, dear Jérôme Heurtaux,

Ladies and Gentlemen,

Dear friends,

Thirty years have passed since 1989. A generation, who have gone from euphoria to doubt.

I am profoundly European and I must say Europe is what drives my political engagement. I remember the enthusiasm and the jubilation of those days that, in autumn 1989, would change the face of our continent and would move all peoples of Europe, without exception.

What strikes me today, as French Minister for Europe and Foreign Affairs, is that as each decade passes, we are less enthusiastic and less united in celebrating the commemorations of 1989. And this, at a time when there has never been a greater need for a Europe that is strong, free and true to its principles.

That is why I wanted to come here to Prague, to Charles University, in the heart of Europe, to reflect with you on the meaning of 1989 and what this year can tell us about who we are today, and on the European ambition that we must continue to pursue. The message I came to share with you today is a message from one European to other Europeans about this most singular year, a message about its hopes and its disillusions, but also a message about the future of the spirit of 1989.
The disillusionment that some of you have described today should be of concern to historians and researchers. This is precisely one of the subjects of this conference, held by the French Research Centre in Humanities and Social Sciences in Prague, with the Academy of Sciences and Charles University, which I would like to thank for inviting me to speak before you today.

It should be of concern to historians and researchers, and also to all Europeans – and especially those who have political responsibilities. It forces us to take a look at essential questions such as the many memories of our history, the autonomy and security of Europe and the relation between the sovereignty of States and European sovereignty.

Addressing this disillusion and restoring the thread and energy of our European dream is our shared challenge.

I would like to begin by telling you what I have not come to do in Prague. I am a political leader at an academic conference on social sciences. We each have our responsibilities. They are important but they are different. I therefore did not come to give you a history lesson.

Researchers must be able to work freely on this period in history as they do on others. This year, we will commemorate not only 1989, but also the 80 years of the Molotov-Ribbentrop Pact and the organization of Nazi and Soviet occupations of Europe which occurred simultaneously and successively.

The temptation is great for certain people to conduct a “history policy” in order to manipulate the past for their own ends, to stir things up, to add to the confusion, and to further a specific ideology. Today, we are faced with an additional danger of history being re-written on the basis of re-interpreted national interests and narratives.

Too many legends presented as official truths have motivated bloody rifts on our continent so that we remain indifferent to their resurgence. If we are to return to the ideals of Europe of the Enlightenment, we must preserve critical thinking within our societies. If the truth and the counter-truths are considered to be the same, the word “truth” will be emptied of its very meaning.

That is why, Ladies and Gentlemen, 23 States, including France, have asked that an Observatory on History Teaching in Europe be created, at the initiative of the French Presidency of the Council of Europe. Taking stock neutrally and factually of school curricula and textbooks, this observatory will promote dialogue on our teachings, prevent racist, xenophobic and anti-Semitic discourse from re-emerging, and work to bring peoples closer together. And perhaps we will be able to show that, while respecting our singular histories, there is also a history that brings us together, the history of our continent and of this European spirit we have inherited and must safeguard.

As the great French historian Marc Bloch once said “the misunderstanding of the present is the inevitable consequence of ignorance of the past”. It can also be the consequence of the manipulation of history. One of the European principles is academic freedom and if this freedom is threatened, democracy and peace will be threatened as well.

Our political responsibility, however, as against scientific responsibility, is to build, on the basis of your research work, a shared European memory, adhering to two principles.

First, strict respect for national memories that should be recognized and heard. Our national narratives are built around selective references to the past. A same date can resonate very differently from one State to another.

The year 1968 does not have the same resonance in French, Czech and Polish memories. I will give you another example. We just celebrated the centenary of the end of the First World War in Paris a year ago. In France, 1918 signifies the armistice and relief for French people. However, what marked this period in your region until 1923 was the collapse of empires, wars, revolutions, displacements of peoples, and pogroms.

And even 1989, for a French person or a German person, will bring to mind images of the fall of the Berlin Wall before those, for example – which were just as moving – of the human chain which spanned in late August 1989 three Baltic States. We never recognized the annexation of these States and they had yet to regain their sovereignty. This understanding of our different national memories must be at the heart of European integration. All Europeans, starting with the French, need to listen and understand that.

Secondly, saying that does not mean that we support “projects to manipulate history to their own ends”. It does not mean that we encourage historical relativism or revisionism. Nor does it mean that we promote a unifying narrative by leaders. It does not mean that we create a single history, but rather develop a “European historical awareness” based on the belief that our national histories must form a basis for a common awareness of what it means to be Europeans, finally united in our diversity.

We should keep these words of Victor Hugo in mind: “Memories are our strength. When night attempts to return, we must light up the great dates, as we would light torches.” Commemorating 1989 and reflecting on its promises together – those that have come true and those that have disappointed us – can only strengthen our determination to build a common future in peace and democracy.

If I am here today, it is because I am convinced that the European memory must assent to the polyphony of national memories. I am convinced that we have yet to reconcile ourselves with the diversity of our memories to better understand how this diversity has made Europe what it is.

When he talked about the “Tragedy of Central Europe” in 1983, Milan Kundera was not speaking only of Soviet domination. He regretted most of all that Central Europe no longer existed in the eyes of the West other than as part of the Soviet empire. Differences should not mask what unites us, our common destiny and the universal enlightenment principles, any more today than they did in the past.

I believe that it is by including all of these voices in the collective narrative that we must build together and by getting them to communicate with one another within this narrative that we will be able to fully understand what 1989 means in the history of Europeans. If I have been stressing this point since the beginning of my speech, it is because we need to understand where we have come from so that together we can decide where we are headed.

Please allow me to now share with you what 1989 means to a French person and why I wanted to come here to Prague to celebrate the turning point of 1989, a year in which, after 50 years of Nazi then Soviet occupation, Central European countries regained their freedom and their sovereignty and in which the reunification of Europe started. That year bestowed three great things upon us: freedom, sovereignty and unity.

The year 1989 clearly marked the return of freedom and liberties, the end of totalitarian oppression and of the destruction of the individual, the triumph of democracy, and the rule of law, in other words the establishment of a State that no longer oppresses but that protects.

That is the meaning of the European project that Jean Monnet thus described: “We are not forming coalitions of States, we are uniting men”. He could have added: “free men”. Let us not forget that there can be no democracy without a regime that protects rights and liberties and that ensures right over might. Those who equate so-called liberal democracy with the tyranny of minorities, with multiculturalism, and contempt for traditions are not only sophists but are also suffering from amnesia. They forget that it was here in Prague – and in Warsaw and Budapest – that men and women resisted totalitarianism and fought for freedom at the cost of their own lives.

I have thus come first to pay tribute to those who, thirty years ago, rose up and imposed on dumbfounded governments “the power of the powerless”, to quote the famous words of Václav Havel.

Václav Havel is a name that I cannot say here without thinking of the morning of 9 December 1988, which Tomáš mentioned earlier, and the historic meeting between François Mitterrand and eight Czech dissidents, one of whom was to become the first President of a liberated country. I am proud, very proud, that France recognized his struggle as it did. And the following year, we were many in France to watch with admiration and enthusiasm the peoples of Central Europe who took control of their destinies and who chose to write their own history, indeed not only their history, but our history: that of Europe reunified.

With them, I would also like to salute the memory of the dissidents whose spirit of resistance, in a way, paved the way for this leap. I am thinking of Jan Palach, and of course of Václav Havel and Jan Patocka and all those who brought forward Charter 77. I am thinking of Father Popiełuszko, the chaplain of Solidarność, and of so many others, including the students in Budapest in 1956 who fought for freedom.
I have mentioned 1989 and freedom, but I know that 1989 also symbolizes regained independence and sovereignty for all the countries under Soviet control. The 1989 revolutions ended the Brezhnev Doctrine, this theory of limited sovereignty drawn up after the invasion of Czechoslovakia by the Soviets and their allies on 21 August 1968, after great hope was brought by the Prague Spring. And it was again here in Prague that this doctrine was done away with when the Warsaw Pact was officially dissolved on 1 July 1991.

This sovereignty restored thirty years ago should make us attentive to the reticence expressed here or elsewhere regarding the notion of “European sovereignty” – and I will come back to this point later. And I understand the attachment of former Eastern Bloc countries to national sovereignty, this valuable thing that they had only enjoyed on and off. This is also why those who must choose their alliances – or their lack of alliance – are the countries concerned, and the peoples constituting them, and not third parties.

Finally, the freedom regained in 1989 is that of the entire European continent. As I have already said, I prefer the word reunification of Europe, which brings us closer, to enlargement, which distances us from each other. “To call things by the wrong name is to add to the world’s misfortune”, Albert Camus once said. Something that is wrongly named cannot be apprehended precisely.

This regained freedom and this history, which you have written with courage – you the Czech, Slovak, Polish, Hungarian and Romanian peoples and more – were also ours. You returned them to us. The freedom of Europe, including Western Europe, was limited by the servitude of Central Europe and the Soviet buffer zone. 1989 marked the end of Yalta, an order to which we were subjected but that France never accepted. More than a “return to Europe” – which Central European countries had never left, as Milan Kundera noted – it affirmed a geographical but also cultural and therefore political fact that was sometimes complacently neglected: the unity of the European continent.

I would like to say, Ladies and Gentlemen, to resume what Tomáš said earlier, that “Eastern Europe” as such never existed. It was a fabrication of the Cold War, not a relevant division arising from Europe’s long history. With 1989, for the first time, Europe, which had long been deprived of a vital portion, had the opportunity to play a role in its history and no longer merely be subjected to it.

And those who use the lack of unity in Europe today as an argument to criticize the European project are wrong. The unity of our continent is not an abstract idea or a political slogan or an “intellectual’s musing”; it is a tangible reality for all Europeans who enjoy on a daily basis this freedom of movement which was gained at such a high price.

Perhaps one of the most disastrous consequences of the 2015 refugee crisis are these borders that have been closed, these walls that have been erected, and this challenging of the area of free movement created by the Schengen Agreements. Because Schengen is, with the euro or, in another area, Erasmus, one of the most tangible and visible signs of European unification. These achievements are as necessary as they are fragile, as is European integration. When faced with doomsayers who are so ready to give lectures, often motivated by elections, it is important to always remember what together we have been able to build to the benefit of our peoples.

The horizon of this memory that draws on several sources of 1989 is, of course, our common European project. I would like now to share the conclusions I have drawn from this reflection on our common history for our common future.

The project that France promotes, with you, is a project of European humanism, which begins with the uncompromising defence of our values and our principles. It is a project of social, economic and fiscal convergence, as Tomáš recalled. For there is an urgent need to address disillusions and bridge European divides. They do not constitute a new wall between “two Europes” co-existing within the European Union. Inequalities, populist temptations, and the loss of meaning and common references are shared problems for all of us. We should consider them to be common problems.
This is a project of European power working for our peoples in the face of the excesses of globalization and challenges of international competition. More than ever, international unrest and brutal expression of power struggles are structuring life internationally. Europe has a choice: to accept this situation and risk seeing its own choices be dictated, or assert itself to make a difference every time it so requires, for its identity and its principles.

With no hesitation, I choose the second option. Why? Because we have known, since the time of Paul Valéry, that civilizations are mortal. How? By having Europe take charge of its own destiny.

And overall, there is an obvious fact that I need to recall: we can only hope to complete this project, over time, if we are able to guarantee our security.
That is why I believe that we cannot bring up 1989, when Europe was reunified around democratic principles and humanist values, without mentioning 1990 and the adoption of the Charter of Paris for a New Europe. What was its aim? To build European collective security by putting to work the ten great principles adopted in 1975 in Helsinki.

This ambition to build European collective security, which was so present in the early 1990s, gradually faded away. This ambition needs to be revived.

Little by little, we have seen the unravelling of the components that helped establish the security architecture set out in the Charter of Paris and we have witnessed a methodical effort to deconstruct which has led to the progressive, systematic and now nearly comprehensive dismantling of all the violence regulation instruments, from confidence-building measures to arms limitation and reduction treaties, whatever their category. And all things considered, a danger void is opening up and the threat of conflict, be it accidental or deliberate, is looming over our continent once again. The growing number of military incidents is proof of this. Remaining true to the promises of 1989 means seeking to resolve this instability and reducing these risks.

Since the conflicts in the former Yugoslavia, which showed Europeans what their own responsibilities were in ensuring the security of their continent, other threats have emerged. I am not only thinking of hyper-violence of terrorism. In Europe, war is back in Georgia and Ukraine. Chemical weapons have been used on the soil of a major European city. Cyber attacks have sought to sabotage and undermine the foundations of our democracies, our electoral processes and our public debates.
Some seem to have resigned themselves to this. But we, Europeans, after the horrible tragedies that brought devastation to our continent throughout the 20th century, cannot accept them. That is why we cannot content ourselves with the status quo regarding Russia, whose aggressive actions have, we know, shaken up our strategic environment over the past ten years.

So what do we need to guarantee our security and return to the promises of November 1990 when, in Paris, this Charter to overhaul the principles of European security architecture was adopted?

We above all need the transatlantic relationship.

We, the French people, also want to preserve it. We need it, politically, militarily, and strategically. And particularly in the military operations we are conducting in the Levant and the Sahel region, alongside Czech forces. Which does not rule out considering developments with lucidity and drawing all the ensuing conclusions. Everyone understands that the time when Europe could entirely entrust others with taking care of its security and depend exclusively on them has passed. And this movement did not start when President Trump was elected. What we call in Europe strategic autonomy and which, in fact, corresponds exactly to the notion of burden sharing, is a condition for a strong and credible transatlantic relationship.

Moreover, some of our American partners suggest that our ability to act for ourselves is precisely what makes France Washington’s best partner when it comes to defence.
We need the transatlantic relationship, and also need NATO to remain what it ultimately was for every one of us after 1989: a stabilizing force.

That is why France wanted to start discussion on the current malaise in the Atlantic Alliance. The Summit that was just held in London launched genuine strategic discussion in NATO. We were both there. This was necessary, in the very name of continuity and consolidation of the transatlantic relationship.

The absolute condition for a strong Atlantic Alliance is now that Europeans act more proactively and shoulder more of the responsibilities, within an overhauled and rebalanced alliance. There cannot be European defence without NATO just as there cannot be a credible and sustainable NATO without strengthening European responsibilities.

We have thought this for a long time and France is committed concretely to NATO’s deterrence and defence posture, for example in Baltic States and in the Black Sea. France respects the security interests of all of our European partners, which it has made entirely its own. It will always defend them as an absolute priority, as President Macron recalled yesterday in London. We are and will always be uncompromising when our sovereignty and that of our partners and allies is at stake. Our allies can count on France, on its engagement and on its armed forces. Always.
Thirdly, we need our security to be organized in Europe so that it can ensure strategic stability across the continent.

This is why NATO’s approach of “deterrence and dialogue” has been used since 1967 and the Harmel Report. That is also the intention of President Macron’s proposal for a European security and confidence-building architecture.

We need to be clear, and I want to stress this here: if we are to roll back the systematic dismantling I just mentioned, it is with Russia with whom we must re-establish dialogue. Without taking a soft line or being naive, to defend the security of all Europeans and by entering into power struggles every time it is needed. But we cannot simply ignore geography.

The initiatives that we have taken, we have created in strict compliance with agreed European principles. And we do not intend to neglect the security interests of our European partners; on the contrary, as they are also ours.

That is why we want Europe to address the major strategic, military and nuclear issues that concern its security directly. These include the reconstruction of a legal framework and transparency that should limit the risks of involuntary military escalation, set limits on the capacities of our potential adversaries and thus reduce the threat.

With the termination of the Treaty on Conventional Armed Forces in Europe, the end of the Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty, and the uncertainties looming ahead of 2021 over the New START Treaty, Europe could find itself becoming the theatre of a relentless and lawless military and nuclear competition. We have not experienced such a situation since the end of the 1960s after the Berlin and Cuba crises.

This overhaul of arms control in Europe is our responsibility, as Europeans, if we want to avoid becoming a simple arena for confrontation between third powers. We hope therefore that such European reflection can be launched shortly, as a European contribution of to the strategic reflection of NATO launched the day before yesterday and to the defence of our interests and vision of the international order.

Finally, Ladies and Gentlemen, we need to restore the spirit and intention of Helsinki and the spirit and intention of the Charter of Paris.

When the Helsinki principles are ignored or violated, it is always at the expense of what we have been trying to build here in Europe. The last thirty years have shown that. When a “spheres of influence” approach re-emerges, the sovereign equality of States and respect for the rights inherent in sovereignty are flouted. When a sole border is challenged by force, it is the inviolability of all borders that is affected and, with it, the principles of non-use of force and territorial integrity of States. When the opposition is imprisoned, when fundamental or academic freedoms are crushed, human rights and democracy are trampled.

That is why I think that these basic principles, Helsinki and the Charter of Paris, and the need to see them applied, are clearly relevant in today’s context. It is now up to us to make improvements to what was attempted thirty years ago. In the coming year, we will ensure this discussion happens at European level so that we can address this subject together by next November when the third Paris Peace Forum will be held.

Ultimately, as regards security and other issues, our challenge is to build genuine European sovereignty.

And we have already started working on this. Thanks to our efforts, Europe is finally beginning to accept its power so that it can remain free to make its own choices and free to promote its own values.

This common sovereignty does not take anything away from national sovereignties. In a dangerous and overly competitive world, it protects them. Choosing one does not mean giving up the other. Quite the opposite is true.

I understand that countries that up until just thirty years ago belonged the Eastern Bloc are fiercely attached to their sovereignty. But I would like to tell them that European sovereignty is not a return to the Holy Roman Empire, nor a return to a Brussels version of the Brezhnev Doctrine. It is the possibility for every State to remain independent in a world in which power struggles can be seen in every area.
I would like to stress that a real European is not someone who denies the existence and importance of Nation-States, just as a real patriot is not someone who rejects and has given up hope on Europe. A patriotic European or European patriot is someone who, on the contrary, knows that, without strong nations, the European project is weakened and that without a strong Europe, our nations are weaker.
Lastly, if we are not to be passive as the 21st century unrolls, there is an area which Europeans must absolutely master to ensure their sovereignty: digital technology. Tomáš and I talked at length about this subject earlier.

Because in this area as well, there is a real risk that others will impose their choices on us, be it countries or companies.

In this new space of conflicting interests, we can see more and more sophisticated power strategies being used, which aim to attack and destabilize. Another possible risk to us is dependence on the technology of others, from 5G to artificial intelligence. It is finally the risk that practices of certain major private sector players, which are not subject to regulation, breach the fundamental rights of our citizens, especially when it comes to privacy.

We must therefore take action, among Europeans, to build European digital sovereignty which is both effective and in line with our values. In other words, that is neither isolationist nor dominating, but that enables us to decide our future freely.
It is important to remember that we are not starting from scratch. We have technical infrastructure and innovation ecosystems. We have a vision for the digital world we want: a digital world that is “free, open and safe”. We have the ability to promote it. This is what we have done with the General Data Protection Regulation, the GDPR, and we are now working to do the same regarding digital taxation.

I believe we should work on implementing four projects to gradually build digital sovereignty in Europe and advocate a European vision of digital technology and human rights in the digital era.

We need to begin by bolstering security in cyber space.

As I have said, security is the foundation of our sovereignty. Espionage, sabotage and intrusion take on new dimensions in the digital age and are violations that we cannot accept. To protect ourselves from these threats and, if necessary, respond, we need to have our own capacities. We also need to strengthen the stability of the environment where these threats are emerging: cyber space.

We have already launched several initiatives. They include the Paris Call for Trust and Security in Cyberspace, which brings together governments and companies to determine joint principles that will help to better protect individuals’ rights and strengthen international norms, and the Christchurch Call to prevent the Internet being used for terrorist purposes. We also need to help other countries protect themselves without having to be subservient to a cyber power.

Secondly, we also need to win the battle of innovation.

In just a few years, Europe has found its way back to the path of digital innovation. Several European cities, including Paris, have become innovative ecosystems.
Europe needs to rebuild its forces and propose European solutions to the challenges of tomorrow: smart cities, connected health and autonomous transport. We must identify crucial sectors and areas, from 5G to issues related to digital identity and crypto currencies. And of course, we need to progress in research along with businesses.

I believe that we must continue to move forward in implementing a genuine single digital market. But this cannot exhaust the subject. We must also work determinedly to strengthen European digital technology in terms of data storage, big data management and cloud computing. This is key to ensuring our values and rights are respected.

Thirdly, we must also consolidate our role as a normative power.

As we did with the GDPR, we need to continue to innovate when it comes to rules: in order to ensure predictability and trust in the sector, but also to impose adherence to fundamental principles. I am thinking of regulation of artificial intelligence, regulation of content, security and trust in cyber space. Regarding all these subjects, we will need to build, my dear Tomáš, majority coalitions. We can do it.

Lastly, we need to protect the common goods that are common and open digital infrastructure.

Today, a European innovator has to make use of a whole set of resources – infrastructure, data and payment systems – that are the property of monopolistic players. These players, through their terms and conditions, which they define themselves and without concertation, set their own rules.

As we do not have a hegemonic vision of sovereignty, we would like the digital world to instead be organized around common goods that are not captured by those who hold de facto monopolies thanks to their computing power, mastery of technology, or financial domination. This is why we need to remain vigilant to protect or develop common, open digital infrastructure that is usable by all and improvable by all.
Regarding these issues, France hopes that, together with European countries that so wish, we can launch reflection on European digital sovereignty in 2020. I believe this reflection is in line with the first statements made by the new President of the Commission.

Dear friends,

To conclude, and I have had a lot to talk about, I would like to say that if there is one thing we learned from 1989, it is that history is not linear. It is now considered good form to denounce Western arrogance, which, in light of the collapse of the Soviet Bloc, declared it a victory for liberal democracy and the market economy.

But the “democratic determinism” of the time should not be followed thirty years later by a “populist determinism”. In light of the rise of populism, the questioning of the liberal democracy model and the challenging of multilateralism, some have predicted “an end to the liberal order”. A new, reversed, ending to the story in a way, which would seem more like a cautious withdrawal than a rosy future.

And yet the real lesson of 1989 is that history is never written in advance, and that it is peoples that write it. We can only welcome this as political leaders. It is great news because this means that Europeans are free to determine their future and by working together, they will be able to create and defend models for society and international governance in which they believe. As Václav Havel once said, the spirit of resistance and courage pay.

Undoubtedly, 1989 has not yet kept all its promises. Is this a reason to give into the prevailing disillusion? I don’t think so. I see it more as an additional reason for Europeans to continue working to write their common history.

I believe it is the best way to remain true to the spirit of 1989 and pay homage to those who, thirty years ago, with their faith, their endurance and their enthusiasm, made history, your history, our history, for our common Europe: a free, sovereign and humanist Europe.

In order to encourage you to dip into the force of 1989 to better build the Europe of tomorrow together, let me conclude by paraphrasing the wise words of Nietzsche: redeem the past while creating the future; let that be our present.

Thank you.

Source: https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/les-ministres/jean-yves-le-drian/discours/article/intervention-de-jean-yves-le-drian-ministre-de-l-europe-et-des-affaires

Gepubliceerd op 19/12/2019

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