3 Questions 3 Réponses : Jean-Claude Crespy

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Monsieur Jean-Claude Crespy a pris ses fonctions de Directeur de l’Alliance française de Bruxelles-Europe en septembre 2014.

Site web de l’Alliance française : http://www.alliancefr.org/

- Quelles sont vos premières impressions depuis votre arrivée en Belgique ?

Elles sont très positives. J’aime la simplicité ouverte et accueillante de nos voisins belges, et j’aime l’architecture composite de la ville ; même si les différentes strates architecturales sont reconnaissables, chaque maison n’en conserve pas moins un charme singulier. Et puis, quand on a lu la série des Cités obscures, on se plaît à retrouver dans les immeubles de la ville les sources d’inspiration du grand dessinateur François Schuiten.

- Quelles seront les axes de votre mission en tant que Directeur de l’Alliance Française ?

Chaque langue transmet, par son simple usage, une vision du monde. Un texte juridique écrit en anglais véhicule une pratique historique et spécifique du droit, qui n’est pas celle de la France, de l’Italie ou de l’Allemagne. Il ne s’agit pas bien sûr d’opposer entre elles les langues dans une lutte pour la prépondérance, mais de faire jouer leur complémentarité en confrontant les visions du monde différenciées qu’elles expriment. L’anglais s’impose de plus en plus comme véhicule de communication. Mais il n’est pas le seul, surtout sur un continent où les locuteurs natifs de cette langue sont minoritaires. Les pressions sont grandes pour simplifier en apparence l’échange verbal entre européens, et réduire parallèlement les coûts. Mais susciter une langue unique revient à faire advenir une pensée unique, à détruire des univers linguistiques, artistiques et intellectuels, sans pour autant en créer un autre qui soit vraiment commun. L’apprentissage d’une langue, c’est donc bien davantage que l’acquisition d’une technique, même si évidemment, l’enseignement doit répondre à toutes les exigences pédagogiques, et c’est le cas à l’Alliance française de Bruxelles-Europe. C’est aussi la raison pour laquelle nous ne séparons pas l’apprentissage de la langue d’une programmation culturelle qui illustre ce monde que la langue abrite et qu’elle contribue à créer. Or Bruxelles, c’est le cœur décisionnel de l’Europe, il est donc essentiel que l’Alliance contribue à défendre, en promouvant le français parmi tous les européens qui travaillent ici, le multilinguisme du vieux continent.

- Quels messages souhaitez-vous donner à ceux qui apprennent le français ?

À tous ceux qui apprennent le français, je souhaiterais dire :
N’ayez pas peur du français, n’hésitez pas à jouer avec cette langue (comme vous le faites avec l’anglais), à vous l’approprier sans trop de scrupules grammaticaux, comme si le français était une langue de haute culture qui ne tolère aucune faute. Une telle vision est à la fois passéiste et inhibitrice, elle paralyse l’apprentissage et freine la construction de l’avenir.
Abandonnez l’idée que maîtriser une langue, c’est à la fois la comprendre et la parler, pouvoir discuter de Molière aussi bien que de la règlementation européenne. Il existe différentes strates d’apprentissage en fonction des besoins concrets que la vie suscite, et notre rôle à l’Alliance est de vous apporter à chaque étape de votre parcours les solutions linguistiques adéquates.

Les européens se font une image spontanée de la France comme terre de culture, de goût, de raffinement et d’un certain art de vivre. Loin de moi l’idée de contester cette image, mais il faut la compléter en disant qu’apprendre le français, c’est aussi accéder à un savoir-faire scientifique et technologique de premier plan, ainsi qu’à une recherche fondamentale exceptionnelle.

Enfin, en apprenant le français, vous découvrirez un univers qui est celui de la francophonie, un groupement de 32 Etats qui compte 400 millions d’habitants répartis sur tous les continents. Le français est désormais une « parole en archipel », comme le disait le poète René Char, et qui s’enrichit de ce polycentrisme. Apprendre le français, ce n’est donc pas fuir le monde économique anglophone pour se réfugier dans une sphère culturelle certes raffinée , mais obsolète ; c’est au contraire préparer un avenir pluriel, humaniste et respectueux de l’altérité, soucieux d’innover sans laisser des pans entiers de l’humanité dans les fondrières de la mondialisation. Apprendre le français, c’est aussi bâtir un monde plus solidaire.

publié le 16/10/2014

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