Poètes, écrivains, historiens français, ce qu’ils ont dit de Liège

Victor Hugo est l’un des premiers écrivains et poètes français à faire le voyage de Belgique. Il passe à Liège en 1840 et y reviendra en 1864. Il laisse de belles descriptions à une époque où la ville est en pleine expansion et en complète mutation, corolaire au développement de la grande industrie et de la prospérité économique de l’époque : " Liège, une de ces vieilles villes en train de devenir neuve" écrit-il dans Le Rhin, lettres à un ami, lettre VII.

"Comment pourrais-je oublier mon séjour à Liège ?", écrit Charles Augustin Sainte-Beuve qui avait en 1848-1849, accepté une chaire à l’Université de Liège, où il donna un cours consacré à Chateaubriand et son groupe littéraire.

En 1851, dans Impressions de voyage, Alexandre Dumas décrira la ville de Liège :

"Ainsi, de ce point situé au pied de la citadelle, j’avais, à mon extrême gauche, Herstal, le berceau des rois de la seconde race, où naquit Pépin le Gros, père de Charles Martel et grand-père de Pépin le Bref, et à mon extrême droite, le château de Ranigule, d’où Godefroy de Bouillon partit pour la Terre-Sainte.
Puis, encadrés entre ces deux grands souvenirs, toujours en allant de gauche à droite, du nord à l’ouest au delà de l’Ourthe, le point d’où Boufflers bombarda la ville en 1691 : puis, de ce côté de la Meuse, presqu’à mes pieds, au bout de la rue Hors-Château, l’église de Saint-Barthélémy, la plus vieille de Liège ; puis en reportant mes yeux sur l’Ourthe, le pont d’Amercœur, où le duc de Bourgogne fit jeter les bourgeois révoltés, et qui a gardé de ce triste fait son nom douloureux.
Au delà de ce pont, le faubourg d’où Dumouriez,en 92, délogea les impériaux, et que ceux-ci brûlèrent en se retirant, et qui, rebâti par le premier consul, conserva quelque temps le nom de faubourg Bonaparte, puis reprit celui de faubourg d’Amercœur, la vieille catastrophe ayant laissé plus de souvenir que le bienfait récent : puis sur le quai, au-dessous de l’église Saint-Barthélémy, la maison du seigneur Curtius, avec ses trois cent soixante-cinq fenêtres, son œsopée complète, et sa tradition diabolique.

Le palais de justice, autrefois le palais du prince évêque, avec sa belle cour entourée de colonnes du XIVe siècle, et son portail de Guillaume de Lamark, le fameux Sanglier des Ardennes, sculpté sur le quatrième pilier à droite, en entrant par la place Saint-Lambert. Puis, en plongeant au delà de l’Université, entre le séminaire et le faubourg d’Avroy-Saint-Jacques, la merveille de Liège, avec son architecture à la fois gothique et arabe, Saint-Paul, devenue cathédrale depuis 1793, époque à laquelle elle a succédé à Saint-Lambert, l’ancienne métropole, qui tomba comme tombaient les reines en ce temps-là, abattue par le peuple.

Saint-Jean et sa tour byzantine, la maison de Warfusée, de sanglante mémoire, dont il ne reste, derrière la Meuse, que la poterne par laquelle entrèrent les Espagnols. Sur la même ligne et au delà du faubourg Saint-Gilles, les bénédictins de Saint-Laurent, qu’il ne faut pas confondre avec ceux de Saint-Maur, les derniers, fameux par leurs chroniques historiques, et les premiers par leur chronique scandaleuse.
Puis l’église Saint-Martin ; la première où, sur la prière d’une religieuse nommée sœur Julienne, qui avait rêvé voir la lune partagée en deux, le pape permit l’institution de la Fête-Dieu, qui se répandit sur tout le monde chrétien, et qui ne s’est encore retirée que de France. Enfin, la maison de campagne où l’évêque Henry de Gueldre se vantait d’avoir fait vingt-neuf bâtards en une année, et qui de cette prouesse monacale a conservé le nom de bâtarderie."

Jules Michelet, historien, dira en 1852 que Liège est « une ville d’agitations et d’imprévus caprices », que "Liège est une ville qui se défait et se refait sans jamais se lasser".

« Liberté orageuse, sans doute, ville d’agitations et d’imprévus caprices. Eh bien, malgré cela, pour cela peut-être, on l’aimait. C’était le mouvement, mais, à coup sûr, c’était la vie (chose si rare dans cette langueur du moyen âge !), une forte et joyeuse vie, mêlée de travail, de factions, de batailles on pouvait souffrir beaucoup dans une telle ville, s’ennuyer ? jamais.

Le caractère le plus fixe de Liège, à coup sûr, c’était le mouvement. La base de la cité, son tréfoncier chapitre, était, dans sa constance apparente, une personne mobile, variée sans cesse par l’élection, mêlée de tous les peuples, et qui s’appuyait contre la noblesse indigène d’une population d’ouvriers non moins mobile et renouvelée. Curieuse expérience dans tout le moyen âge une ville qui se défait, se refait, sans jamais se lasser. Elle sait bien qu’elle ne peut périr ; ses fleuves lui rapportent chaque fois plus qu’elle n’a détruit ; chaque fois la terre est plus fertile encore, et du fond de la terre, la Liège souterraine, ce noir volcan de vie et de richesse, a bientôt jeté, par-dessus les ruines, une autre Liège, jeune et oublieuse, non moins ardente que l’ancienne, et prête au combat. »

Félix Mornand, Journaliste et écrivain français, chroniqueur et rédacteur en chef du Courrier de Paris, disait en 1853 :

« Le caractère liégeois a, dit un auteur, je ne sais quoi de prompt, d’ouvert, de facile, de vif, de spirituel, de malignement plaisant, de résolu, d’aventureux, dont on retrouve encore l’empreinte à travers l’exquise politesse et les formes bienveillantes de la bonne société »

« On trouve même dans ce peuple, dit un autre, quelque chose de méridional : des yeux noirs, des cheveux noirs, un teint quelque peu basané, de la chaleur de tête, de l’imagination, de la gaieté, et cette irrégularité de traits qui annonce une race passionnée….

La politesse et l’hospitalité des Liégeois sont extrêmes, et il y a peu de villes où l’inégalité des fortunes se fasse moins sentir. Le Liégeois est brave, bon soldat, curieux, grand parleur, et il cultive avec distinction toutes les branches d’art. Il semble né musicien, poète, peintre, mécanicien ; son génie ne veut rien d’imité ; il se crée un talent propre, même en littérature. Ce qui distingue particulièrement les Liégeois, c’est leur amour pour la liberté et pour leur pays ».

Le 14 mai 1909, lors d’une étape de sa tournée Claudine à Liège, Colette se laisse séduire par "Liège la ville la plus française des villes belges" — par allusion aux grands magasins qui s’y développaient, comme à Paris.

Citons aussi, Paul Claudel, dramaturge, poète et diplomate français qui, en visite à Liège en mai 1933 a dit :"d’autres villes sont contingentes, elles sont nées par hasard, mais Liège est une ville nécessaire." Il voulait dire par là qu’il était impossible qu’une ville ne naquît pas ici, au carrefour des voies terrestres et fluviales qui relient l’Est à l’Ouest et le Nord au Sud.

- Pour en savoir plus lire : "La Wallonie vue par les grands écrivains" de Y. Vander Cruysen et T. Leclercq aux éditions Luc Pire.

publié le 31/07/2014

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